EDITO / 15-02-2007 / Olympio Kyprianou-Perrimond, 17 ans : Pourquoi déteste-t-on nos deux favoris?
Par Olympio Kyprianou-Perrimond, 17 ans, élève du lycée La Bruyère de Versailles(78), qui participe au journal lycéen La Cisaille.
Rarement, à quelques semaines des élections, nous n'aurons vu autant de passions se déchaîner contre les deux favoris au premier tour de la présidentielle de 2007. Autre fait remarquable, les candidats Royal et Sarkozy auront même divisé dans leur propre parti, surtout chez les anciens de leur camps ("éléphants socialistes" à gauche et "clan chiraquien" à droite). D'autre part, plus inquiétant, c'est l'aversion haineuse qu'a chacun pour son candidat réprouvé (défavori), jurant qu'on a pas trouvé plus grande menace que celui-ci depuis le début de la République.
Mais pendant que le Français se gorge de nos medias, on ne peut plus objectifs, et qu’au bistrot l’ivrogne machiste délibère, pour qui, de la femme ou du cocu, il votera, penchons nous sur les raisons et origines de cette animosité également et inversement partagée. Ségolène Royal, candidate de la gauche (qui pour une fois réussit à se réunir !), doit subir, tout d’abord, le machisme ambiant de la politique française et de ses médias, dont Doc Gynéco, Bernard Tapie (nouveaux adeptes de Sarkozy) ou Fabius et Mélenchon (ses adversaires au sein du P.S.) sont les dignes représentants, ou bien, exemple encore le plus flagrant, l’acharnement des journalistes politiques encore et toujours plus fanatiquement phallocrates.
Mais face à cette réaction banale, et à la quelle nous aurions pu nous attendre le jour où une femme convoiterait la plus haute sphère du pouvoir, une autre plus étonnante et importante existe et qui a pour origine la jalousie. En effet beaucoup, hommes, femmes, et de tous milieux, exècrent Ségolène Royal parce qu’elle est l’illustration même de la réussite que nous avons voulu incarner, ne serait-ce qu’un jour : combien de fois ne nous sommes nous pas surpris à imaginer "si j’étais président" puis à supprimer quelque inégalité de notre quotidien ? Aujourd’hui, Ségolène Royal est celle qui a le pouvoir de nous dire " Si j’étais Présidente " rajoutant des idées si concrètes et terre-à-terre, qu'elles nous semblent parfois sortir notre esprit même. D’autre part cette réussite leur est d’autant insupportable que Ségolène Royal sort de la famille type catholique, nombreuse et pas forcément riche, qu’elle s’est démenée seule pour réussir ses études puis qu’elle s’est imposée avec audace dans le monde politique. Elle est en somme un idéal de succès par le courage, le travail et la volonté qui fait pâlir hommes politiques défiants et petites bourgeoises envieuses, qui s’acharnent alors sur elle, lui infligeant tous les maux passés, présents et futurs de la France. (Et donnant malheureusement encore une fois raison à ceux qui s’écrient qu’en France on n’aimerait pas la réussite.)
Le candidat Sarkozy, lui, n’aura pas cette peine mais plutôt l’accord de notre bon peuple puisqu’il est né avec la promesse d’un agréable futur. Seul "handicap", une latente origine juive (du côté maternel, mais dont il n’a pas hérité), qui en fait la bête noire d’antisémites et racistes paranoïaques (croyant à un complot franc-maçon judéo américain - sans commentaires), pas très pratique en effet quand on lorgne l’extrême droite. Ce qui en revanche fait véritablement son insuccès, perceptible surtout auprès de nous, " les jeunes " qui le rejetons majoritairement, contrairement aux électeurs de plus de 55 ans est surtout son caractère autoritaire et démagogue n’hésitant jamais pas s’adonner aux stéréotypes : combien de fois n’a-t-il pas assimilé jeunes et criminels ou étrangers (voir pire Français musulmans) et islamistes ?
En plus de cette spécificité paternelle, dominatrice et impérieuse qu’a le candidat de l’UMP et qui naturellement nous rebute (nous, dans la fougue de notre jeunesse, s’acharnant contre toute marque d’autorité despotique et injuste - ah les temps de l’idéalisme...), il fait peur à une partie de l’électorat pour son " désir de pouvoir " , pour lequel il n’a pas hésité à trahir son propre camp, de la tragicomique épopée balladurienne à la crise du CPE (ce qui lui valut quelque inimitié dont la plus longue en date est celle de l’actuel président de l’Assemblé Nationale, fidèle des fidèles de Chirac, peut-être un des derniers rares hommes politiques qui aient conservé un certain sens de l’honneur et de l’éthique politique).
Ce désir, qui semble plutôt être une soif vampirique de pouvoir est d’autant plus inquiétant qu’il a réussi en cinq ans à partir de son Ministère de l’Intérieur à infiltrer toutes les strates du pouvoir et des médias qui lui sont désormais fidèles. Voilà en effet des faits qui feraient dresser les boucliers démocratiques de nombreux citoyens.
Mais aujourd’hui face à la surmédiatisation des deux favoris introduisant une dangereuse bi-personnalisation de l’élection présidentielle (proche du modèle anglo-saxon) et d’autre part sachant que ces mêmes médias copinent avec le pouvoir et ont étrangement éveillé le phénomène Royal, les deux favoris sont ces derniers temps en baisse constante dans le sondage et égarent aujourd’hui 42 % (TNS Sofres, 4 Février) de l’électorat qui se dit prêt à voter pour les extrêmes ou pour Bayrou, seule alternative démocratique, et qui espère se positionner au sein d’un débat présidentiel qu’il rendrait ainsi triangulaire.



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Commentaires
Il y a, de fait, une surmédiatisation des deux principaux candidats, qui conduit très certainement à une éviction des autres candidats potentiels. Mais je trouve assez rassurant ces 42% d'égarés, comme tu dis. Ils symbolisent, et d'autant plus du fait que leurs rangs grossissent, une caractéristique typiquement française qui pour cette fois a un effet à mon sens très positif: le bien connu "ras-le-bol". Celui-ci, justement, va à l'encontre de l'idée que les médias les plus présents voudraient nous faire ingurgiter de force: il n'y a que deux candidats.
D'autant que ces deux personnages ne semblent pas bénéficier d'un appui franc et massif de la part des jeunes. Tu soulignes bien les raisons pour lesquelles les 16-25 ans ne voteraient pas Sarkozy, mais j'ai également remarqué qu'un grand nombre d'entre eux ne sont pas spécialement attirés par sa concurrente directe, élément sur lequel tu ne reviens pas (j'ai l'impression que tu prêches pour sa paroisse, après tout c'est un choix personnel).
Selon ce que j'ai pu entendre, que ce soit des gens que je connais, de la radio et de la télévision, ou lire dans les journaux, ni l'un ni l'autre de ces deux candidats ne nous rejoint.
Pour Sarkozy, c'est principalement le fait qu'il fasse peur, comme tu le soulignes. Dans nombre de ses idées, dans nombre de ses propositions, on note comme une ombre d'extrème droite, comme un rigorisme qui fleure bon le lepénisme allégé. Sans compter sa soif de pouvoir, le fait qu'il ait très certainement utilisé les renseignements généraux pour arriver à ses fins même si cela a été nié, et j'en passe et des meilleures.
Les démocraties que nous avons vécus jusqu'à maintenant n'ont jamais été des exemples d'honnêteté et de droiture, il ne faut pas se leurrer sur la classe politique, mais elle n'ont jamais parues être aussi proche d'une autocratie.
Quant à Royal, c'est principalement son manque de crédibilité et parfois de cohérence dans ses propositions (bien que je n'adhère pas aux idées de l'UMP, certaines critiques formulées à ce niveau semblent justifiées) qui la disqualifient peu à peu. Passons outre le malheureux épisode de la "bravitude", elle n'a jamais démontré qu'elle avait la culture, l'aura et les épaules pour assumer la charge de chef de l'Etat. Ce poste n'est pas rien, il représente la plus haute charge que l'on puisse atteindre. N'importe qui ne peut donc y prétendre, et je fais ici abstraction de toute idée de sexisme.
Reste donc le troisième homme, Bayrou, certes.
Ce qui me préoccupe bien plus, personnellement, c'est la possibilité d'un second tour où le FN serait présent. Et plus ça va, plus j'ai le sentiment qu'on aura un affrontement Sarkozy - Le Pen.
En tous les cas, ce qui m'a semblé dominer dans cette période pré-élective parmis les 16-25 ans, c'est l'absence de candidat qui rallie la jeunesse. Pour qui allez vous voter? Trop souvent, la réponse était "Je n'en sais rien".
Plutôt que de s'arréter à ce constat, que faudrait-il faire?
Profiter des prochaines années pour lancer un manifeste jeune au niveau national, une sorte de cahier de doléance qui, suivit d'une réelle analyse de fond, permettrait de comprendre nos attentes et de les inclures ainsi dans la vie politique française? Pourquoi pas... C'est une idée qui me tente (ça a germé dans ma petite tête, je ne sais pas si quelqu'un en a déjà parlé, et c'est fort possible).
Que ce soit cette solution ou une autre, manifester, faire entendre notre voix, c'est bien, c'est même essentiel, mais ça n'a jamais été réellement suffisant. Il faudrait sans doute que nous mettions en oeuvre quelque chose d'autre, une troisième voie, pour peser dans les faits sur un domaine qui ne nous a jamais réellement inclus dans son mode de fonctionnement.
Postée le: Fabrice | février 15, 2007 5:22 PM
J'ai envie de vous rejoindre sur votre commentaire, Fabrice.
Et j'acquiesce l'idée qu'il faille trouver une alternative afin de se faire entendre. Je n'ai pas encore l'âge de voter (et cela me chagrine) mais il est vrai qu'il m'aurait été difficile d'envisager quelque vote. D'ailleurs, c'est aussi ce qui est en train de se répandre chez les adultes (que je connais, en tout cas).
Dès que le cahier de doléances est prêt (ou plutôt dès qu'il faut des personnes pour le mettre en place), veuillez me contacter.
L'idée d'un manifeste n'est pas non plus à exclure... à l'image de M. Du Bellay qui voulait le renouveau de la langue française, demandons le renouveau de la classe politique - et surtout de ce "mode de fonctionnement".
Postée le: Quentin | février 18, 2007 12:27 AM
Merci pour ta réponse Quentin. Mais avant toute chose, pas de vouvoiement, pas ici! C'est une tribune ouverte, la politesse est implicitement admise par tous, et le "vous" n'a rien à faire là.
Quoi qu'il en soit, même si j'ai eu cette idée, j'avoue ne pas avoir le temps de la mettre en pratique. Surtout n'étant pas en France pour le moment. Mais le principe reste, selon moi, que chacun, à son niveau, trouve des solutions qui fassent que l'implication des jeunes dans la politique puisse évoluer.
Mais si l'idée du manifeste te tente, pourquoi ne pas la mettre en place, toi? L'âge importe peu tant que ta cause a l'air solide. On demandera sans doute plus de garantie à un mineur qu'à un majeur, et il lui faudra affronter plus de préjugés, mais rien n'est impossible aux hommes de bonnes volonté.
Bref: si ça te semble défendable, défends le!
Postée le: Fabrice | février 19, 2007 2:31 PM