EDITO / 30-01-2007 / Marion, 17 ans : Peut-on militer sans perdre son libre arbitre ?
Par Marion Le Texier, 17 ans, Lycée Paul Lapie, Courbevoie (92), rédactrice en chef du journal Inter-Paul.
S'engager en politique entraîne-t-il forcément une perte d'esprit
critique?
Je déplore souvent ces gens qui à l'aise derrière les milliers d'adhérents
de leurs partis respectifs m'accusent de ne pas m'engager. Ce n'est là ni de
la flemmardise de ma part, ni de la lâcheté. J'ai des opinions et je les
assume. Je regrette juste de sacrifier ma liberté de penser pour une simple
petite carte d'adhérent.
C'est vrai, c'est si tentant de se regrouper pour faire bouger les choses. Bien caché derrière la masse, on a l'impression de pouvoir déplacer des montagnes, de changer par notre seule conscience politique naissante, la donne des futures présidentielles. Alors on trouve
un leader et on le suit jusqu'au bout, jusqu'à sa déchéance comme si au
fond, on avait toujours eu besoin de ce maître à penser. C'est notre leader,
c'est notre parti, ils ont des idées similaires aux nôtres... désormais
c'est dit: entre nous, ce sera à la vie, à la mort! On écoute leurs discours
avec passion, on brandit leur emblème la fierté dans les yeux, on porte
jusque dans son lit le bracelet du dernier meeting. Alors quand vient la
proposition de ce leader qui avait l'air si convainquant, si charismatique
et si bon orateur : on fait comme tout le monde: on applaudit avec les deux
mains ( et même avec les deux pieds si on pouvait! ).
Mais arrêtons-nous quelques secondes, cette proposition est-elle
vraiment valable? Est-elle réalisable? Entre-t-elle dans l'optique d'une
France meilleure? Si elle venait d'un parti ennemi, l'aurions-nous acclamé avec autant de conviction? Quand on trouve génial tout ce que dit l'U.M.P, le
P.C, le P.S ou l'U.D.F sans autre forme de procès, on peut se demander si
ne sommeille pas en nous un endoctriné inavoué. On est sous
le joug du culte de la personnalité, de l'effet de groupe, de l'ivresse du
pouvoir et résultat on dit " t'as raison!" avant de demander le "pourquoi?"
qui serait tellement nécessaire .
Et encore, si les partis pouvaient se vanter d'ouvrir le débat
politique! Pire ils le ferment. En tant que militant d'un parti, les idées
des autres sont forcément caduques, elles sont mauvaises, bonnes à jeter à
la poubelle. On est prisonnier d'une seule et même vision de la politique,
faute de vouloir abaisser notre fierté à admettre que d'autres ont peut être
trouvée la solution! Pourquoi ne-voit on pas des militants voter U.M.P et
clamer leur intérêt pour une idée du P.S? Ou encore soutenir à la fois
Jean-Marie Le Pen et José Bové? Après tout, la France est aussi multiple
que ses partis alors acceptons une bonne fois pour toutes que sa politique
ne sera jamais totalement à droite ou à gauche...
Malheureusement, en France, point de possibilité de militer dans
plusieurs partis, il faut choisir son camp et le suivre jusqu'au bout. Gare à ceux qui dévient de cette route comme François Bayrou, ils sont aussitôt montrer du
doigt par l'opinion publique. Alors bien sûr, quand chacun campe sur ses
positions, on se rend bien vite compte de l 'impossibilité de l'émergence
d'une vraie proposition, on tourne à rond, rien n'avance et la France passe
pour le pays des réactionnaires à tort ou à travers!
Je crois qu'il faut penser la politique bien plus intelligemment que ce
combat perpétuel aussi ridicule qu'inutile depuis que certains prennent les
places de gauche à l'assemblée nationale et d'autres celles de droite. Avant
d'adhérer, réfléchissez bien, avez-vous vraiment envie de laisser d'autres
penser pour vous? Etes-vous prêt à sacrifier votre esprit critique pour
adhérer aveuglément à une opinion collective? Engagez-vous mais pas pour
des partis, pour des idées! Quant à moi, je m'en retourne au seul parti qui
n'accueille à ce jour qu'un seul membre: celui de ma raison. Je garde dans
mon cœur, ce stupide espoir, que l'année prochaine, les Français ne voteront
pas pour la droite ou la gauche mais pour des solutions!



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Commentaires
Paul, s'engager dans un parti politique ne signifie pas perdre son esprit critique. Avant de prendre ma carte à l'UDF, j'ai longuement réfléchi, car comme toi j'avais des doutes sur l'opportunité d'une telle démarche : allais-je pouvoir dire ce que je pense réellement, comment participer de manière concrète aux actions, réflexions ? Un ami qui était déjà encarté m'a emmené à un meeting (celui des Européennes) et là j'ai écouté, rencontré d'autres jeunes, échangé avec eux et ils avaient tjs leurs opinions et ne machaient pas leurs mots pour indiquer leur désaccord sur tel ou tel point! J'ai donc pris ma carte quelques mois plus tard et je peux t'assurer que je continue à penser par moi-même. Il arrive parfois que certaines positions de ma famille politique n'aillent pas aussi loin que je le voudrai, mais le débat interne progresse et les "lignes bougent". A l'UDF nous avons un leitmotive : "quand c'est bien, c'est bien" et l'on soutien la proposition annoncée. Mais lorsqu'on estime que ce qu'on nous propose ne convient pas à notre pays et bien nous le dénoncons et ne votons pas un projet qui nous semble insuffisant.
C'est cela garder son esprit critique : être indépendant et soutenir les actions de bon sens.
Postée le: Christelle | janvier 30, 2007 2:14 PM
Je pense qu'effectivement, bon nombre de militants s'en remettent aux positions de leur parti ; cependant, on ne peut dénoncer une pensée unique sans la combattre, et cela passe par l'inscription dans un parti pour y créer un réel débat. Les partis sont ouverts à tous les citoyens, et je pense que tous les citoyens y ont leur place s'ils veulent faire avancer leur pays. Parce que la politique est l'objet des programmes de ces partis politiques, c'est avant tout par leur biais qu'on peut faire entendre sa voix.
Postée le: Baptiste | janvier 30, 2007 8:43 PM
Effectivement, la raison doit être notre seul parti - et même dans l'union. La raison doit être pragmatique - et même dans un groupe.
De plus, je te rejoins sur ton espoir... "que [...] les Français ne [votent] pas pour la droite ou la gauche mais pour des solutions"
Ah! Ca oui. Ca, je le souhaiterais aussi.
Postée le: Quentin | janvier 31, 2007 10:18 PM
Ce que tu soulèves est intéressant, néanmoins ton propos pèche selon moi par son côté partial et généralisateur.
Pour ce qui est de la partialité, c'est néanmoins tout à fait excusable. Il est d'une part relativement ardu de parvenir à englober toutes les opinions dans les idées que l'on développe, et d'autre part, le fait de s'engager politiquement implique une forme nécessaire de partialité: on adhère à une ligne de conduite (indépendamment du fait que l'on adhère à un parti ou non).
Le côté généralisateur me gêne d'avantage. Tu conduis une réflexion intéressante, mais il serait sans doute légèrement présomptueux de penser que personne n'a pu la conduire et parvenir à des conclusions différentes.
Et que fais-tu justement de ce libre arbitre que tu défends? Il peut également s'exercer lorsqu'on décide de prendre la carte d'un parti, comme l'a par exemple exposé Christelle. Il n'est pas impossible de penser que des personnes, en toute conscience, adhère à l'opinion d'un parti. Si ces partis existent, et regroupent autant de membres, c'est sans doute aussi car il existe autant de personnes qui croient dans les mêmes idéaux. Mon propos peut paraître, justement, idéaliste, et il est certain que cela ne concerne pas l'ensemble des adhérents, mais c'est l'idée générale qui importe.
Le point principal que tu défends est de conserver ton (son) esprit critique. Avoir un esprit critique n'est pas incompatible avec l'inscription dans un parti si cela va dans le sens de ce que tu penses. Qui plus est, tu peux penser que les intérêts que tu défends seront mieux protégés, mieux mis en exergue par cent personnes que par une. Dans le vaste champ des idées politiques, il est assez improbable que tu ne trouves pas chaussure à ton pied.
Mais cet engagement ne passe pas nécessairement par l'affiliation à un parti, il existe de nombreuses structures plus petites défendant un ensemble d'idées précis et cohérent.
Je suis assez réticent avec le fait de pouvoir adhérer à plusieurs partis. En effet, chaque parti, bien que pouvant avoir des idées communes avec d'autre, défend tout de même un ensemble de principes qui lui sont propres. Dans la somme de ses intérêts propres, il reste unique. Sinon, on arriverait nécessairement à un regroupement.
Je ne conçois donc pas qu'il soit cohérent d'avoir une opinion politique définie, et de vouloir adhérer à deux partis ou d'avantage. Tu ne peux d'ailleurs faire qu'un seul vote lors des élections.
Mais si c'est le cas (le fait que tu souhaites voter pour plusieurs partis), c'est tout simplement que ton engagement devra se porter vers d'autres structures: il n'existe pas que les grands partis qui militent au niveau politique. Et si tu ne parviens pas à identifier un cadre dans lequel épanouir ta propre vision de la politique, rien ne t'empêche de créer ton propre cadre.
Quoi qu'il en soit, j'ai apprécié ta prise de position, qui dénote un réel approfondissement personnel de cette thématique.
J'aime beaucoup ta dernière phrase... elle fait un poil populiste sur le retour, mais la formule est bien trouvée. C'est plein de verve. Garde cette volonté, et bon avenir à toi.
Postée le: Fabrice | février 1, 2007 3:46 PM
Je crois que l'essentiel a été dit ici. J'ajouterais qu'il faut bien distinguer ici adherer et militer.
Dans le premier cas, il sagit de s'engager au sein du parti qui nous ressemble le plus (car rares sont ceux qui oseraient prétendre être en accord sur TOUT avec leur parti) certes pour promouvoir ses idées mais aussi et surtout pour intervenir au sein de celui-ci pour faire bouger les choses et que ce parti nous ressemble encore un peu plus.
Dans le deuxieme cas, il s'agit plus pragmatiquement de "faire gagner" son parti pour voir se réaliser les projets que l'on soutient à l'échelle nationale (ou locale dailleurs). Cette logique moins utopiste repose malheureusement -mais qui pourrait prétendre y échapper?- sur une logique de campagne très terre à terre du "toucher le plus de monde possible". Mais le militantisme se manigeste aussi souvent par une forme plus "associative" d'aide à la personne, d'une proximité humaine qui n'est pas toujours entâchée de calcul électoral...
Toutefois, on constate l'inéluctable (?) recul du rôle des militants dans le parti au profit des médias et donc de la toute-puissance du leader charismatique(comprenez "télégenique"). Mais il est toujours permi d'esperer (cf.investiture du PS par les militants et grandes vagues d'adhésion dans plusieurs partis depuis 2002) A quand une révolution des bases?
Malggré tout
Postée le: R.Dautrey | février 2, 2007 11:09 AM
Non, tout n'a pas été dit.
Si tu veux voir s'entendre des gens dépassant le cadre d'un parti, alors penche toi sur les syndicats (ok, il y a une tendance générale, l'UNL et la FIDL à gauche, l'UNI à droite [syndicat?]... ah j'oublie Sud Lycée aussi, et d'autres peut être, IDEE, etc) où j'ai pu voir, au sein de l'UNL, des opinions divergentes, des sensibilités différentes travailler ensemble.
D'ailleurs, même dans un parti, il y a des nuances, au PS ce sont des courants. Alors cetains rétorqueront que ces sensibilités sont des simulacres, des illusions de démocratie, d'accord, mais pensez-vous que le congrès de l'UMP de Janiver avec pour choix un seul courant, un seul candidat, une seule motion... ait été démocratique? Bref, partout la démocratie est imparfaite, mais elle existe.
On peut aussi entrer en désaccord avec sa direction, l'affirmer, mais de façon posée, respectueuse, et ouvrir un débat.
Et si vraiment les désaccords deviennent trop grands, alors il est toujours temps de quitter le parti ou le syndicat. Mais militer ne veut pas dire devenir un mouton et perdre son esprit critique, il suffit d'en avoir avant de militer peut être. ;)
Bonne chance et trouve toi.
PS : Je voterai à gauche (oh le vilain!).
Postée le: Alex | février 5, 2007 4:05 AM