LA FRANCE DONT VOUS REVEZ / 18-01-2007 / Antoine, 19 ans: "Douce France..."
«Douce France, cher pays de mon enfance, bercée de tendre insouciance, je t’ai gardé dans mon cœur ! »… Ce refrain, pourrais-je encore le chanter dans dix ans ? Le voudrais-je, seulement ? Et le devrais-je, seulement ?
Ma France, mon beau pays, tu es une grande dame de part ton Histoire, tu es une grande dame de part la beauté de ton corps, tu es une grande dame de part ce peuple que tu as couvé, nourri et élevé et qui t’a souvent tourmenté, blessé, critiqué, mais toujours aimé. Tu incarnes cette diversité que j’aime tant, ce mélange de couleurs qui te rend encore plus belle… Mais… ma France, comment seras-tu dans dix ans ? Auras-tu beaucoup changé dans dix ans ? Les hommes qui te contrôleront alors auront-ils abusé de toi ? Auront-ils osé bafoué tes principes, si beaux, et tes valeurs - éternelles ? Moi je te rêve, France : tous les soirs tu viens traverser le bleu étoilé de mes nuits. Car j’ai peur, France, alors je rêve, je fuis, je pleure parfois.
Dans dix ans, je voudrais avant tout que tu te sentes réconciliée avec toi-même, France. Ne tourne pas la tête, tu sais de quoi je parle ! En vérité tu m’as l’air un peu perdu, je me trompe ? Et tout ça à cause de ces enfants que tu as longtemps adoptés avec bienveillance et qui, aujourd’hui, te font défaut. Certains d’entre eux voudraient même t’accaparer et rejeter leurs frères qu’ils considèrent comme des intrus ! Tu imagines ? Mais sais-tu seulement ce que ça veut dire « intrus » ? Toi, le pays de Victor Hugo, de Jules Verne, de Proust, de Zola, le pays de Voltaire, de Rousseau, de Rimbaud, des Rois, des Grands hommes, le pays qui se libère toujours, le pays de Monet, de Cézanne, de Renoir, de la Révolution, le pays des bons vins, de la bonne bouffe, le pays de l’inspiration, de la classe, le pays de Truffaut, des frères Lumière, de Cocteau, de Paris, de Marseille, des villes et des villages tous plus beaux les uns que les autres, le pays des montagnes et des mers, des plaines et des forêts, des campagnes immenses, de la joie de vivre et de la nostalgie, le pays des chansons d’amour et des chants guerriers, le pays du Coq, fier et opiniâtre, le pays de Molière, de Sartre, de Clémenceau, de Blum et de De Gaulle, le pays des Poilus, de Piaf, de Céline, de Camus et… osons le dire, de Zidane… Saurais-tu assez naïve pour crier ce mot avec les autres : « intrus » ?
Je voudrais que dans dix ans, tu ais oublié ce mot, je voudrais qu’on parle alors de tout cela comme d’une vieille querelle fraternelle comme il y en a tant dans les grandes familles.
Dans dix ans, voyons tu auras… tu auras… Hou ! Tu auras fait un sacré bout de chemin ! Tu en as eu des enfants, et tu en as eu des noms différents, mais France, c’est le plus beau de tous. Tu as aussi connu des séparations et on a longtemps eu du mal à te définir. Tu as vécu des invasions… et tu as envahi aussi… Mais n’en parlons plus, après tout, tout ça c’est du passé, rien de plus!
Mais parlons au présent, tu veux bien, puisque l’on rêve toujours au présent. Dix ans de plus ! Bravo. Tu as repris confiance en toi, tu es plus forte, plus puissante, tu as un rôle à jouer dans ce monde immense. De plus, l’entente qui règne en ton sein et celle que tu entretiens avec le reste de la planète fait de toi un élément majeur du nouvel ordre international, basé sur la paix, la coopération et l’entraide. Qui te dirige ? Tes enfants, quelle question ! Enfin ne pensent-ils plus seulement à eux mais aussi à ton bien être à toi. La grande dame s’est redressée, elle brille sur le monde et se reflète dans le soleil. Tu corresponds de nouveau aux grandes idées que tu défendais autrefois, tu incarnes avec majesté ta devise. De nouveau, les plus grands penseurs, ceux de la nouvelle génération, sont chez toi. De nouveau, tu n’as plus peur de te regarder dans un miroir. Oh ! Certes, tu en as fait des bêtises autrefois. Tu n’as pas toujours été très « propre » . Une fois, tu t’es même en partie livrée à des principes contraires aux tiens, à une idéologie meurtrière à laquelle tu as participé. Mais désormais, tu peux te sentir fière. Oui, c’est comme ça que je te rêve : fière et rayonnante. Ton nom est entré dans le « Dictionnaire du monde » comme étant le synonyme de Culture, de Fraternité, d’Espoir, de Liberté, d’Egalité, de Beauté, de Dévouement. Néanmoins, tu as toujours tes petites faiblesses, c’est important : la perfection est d’un ennui… Mais c’est en cherchant à réparer ces faiblesses qu’on avance, inévitablement.
France, ô ma France ! « Douce France » comme dit Trenet, j’aime ton Histoire, j’aime ta beauté, j’aime mes frères. Alors comment te définir dans dix ans quand en réalité tu es indéfinissable ! Je rêve que dans dix ans tu seras de nouveau « ce pays de la prose » que décrivait Michelet, je rêve que de nouveau tu auras ce je-ne-sais-quoi qui donne à chaque nation son timbre particulier dans le concert planétaire. Tu me trouves un peu pédant, un peu trop « patriote », et alors ? Mieux vaut-être patriote que désenchanté.
Quoi ?
Je suis utopique ?
Sans doute, sans doute…
Mais tu veux me faire venir les larmes aux yeux ou quoi ! Si tu n’y crois plus toi-même alors là on est foutu ! Si tu te laisses aller alors là… là…
Oh ! Et puis laisse-moi ! Je rêve France, je rêve.



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Commentaires
Merci Antoine pour ce petit moment d'émotion. Faut pouvoir te lire jusqu'au bout, mais une fois fait on est pas déçu.
Postée le: raphaël | janvier 21, 2007 11:16 AM
D'une grande beauté....
Vraiment un beau texte remplie d'émotion et qui illustre bien je pense les penser de beaucoup d'entre nous...
En un mot : bravo
Postée le: gaëtan | janvier 28, 2007 4:55 PM